Les associations de défense de l'environnement doivent-elles aller à la conférence environnementale ?

Publié le par E&D

Conférence environnementale du 14-15 septembre puis débat sur la transition énergétique, les associations de protection de l'environnement doivent-elles participer aux rendez-vous que leur a donné le gouvernement ? La question peut sembler paradoxale, elle est pourtant posée explicitement par Greenpeace :


D'autres ONG se posent certainement la même question : les mesures prises par le gouvernement pendant l'été pour limiter la hausse du prix du gaz et de l'essence, l'hypothèse d'une exploitation du gaz de schiste, l'affirmation que le nucléaire est "une énergie d'avenir"... tout cela heurte violemment les positions de la plupart des associations de protection de l'environnement. Et lorsque le gouvernement prend une mesure qui va dans leur sens, comme la tarification progressive de l'énergie, il le fait une semaine avant la conférence environnementale. Comment pourrait-on dire plus clairement aux participants que leur avis ne compte pas ?

Mais puisque Greenpeace nous demande notre avis, voici le mien :

 


Faut-il participer ? Oui, sans aucun doute.

D'abord, le gouvernement semble ouvert à de vraies évolutions. La promesse d'une baisse progressive de la part du nucléaire dans la production électrique française a été une rupture historique avec 40 années de consensus entre partis de gouvernement à sujet. L'introduction de la tarification progressive est aussi un signal très positif. Ce sont de vrais avancées qui valent le volontarisme fanfaron dans lequel s'était tenu le Grenelle de l'environnement :

 


 

C'est vrai qu'il y a en face des mesures et des prises de position qui vont dans le mauvais sens. Mais elles reflètent les préoccupations de français et des entreprises telles que les perçoit le gouvernement. Et donc avant tout un double échec des ONG environnementalistes qui, malgré un contexte favorable, ne sont parvenues ni à sensibiliser la population à leurs causes, ni à concurrencer les lobbyistes des industriels dans les couloirs de la nouvelle majorité. De ce point de vue, la conférence environnementale est plutôt une chance pour les ONG, l'occasion de donner un peu de visibilité aux positions des associations et peut-être de rattraper leur retard.

Quel intérêt y aurait-il à une politique de la chaise vide ? Dans le meilleurs des cas, elle assurerait le statu-quo en faisant couler la conférence environnementale. Mais plus vraisemblablement elle laisserait le champs libre aux industriels pour continuer ce qu'il ont commencé.

 

 

Faut-il en attendre quelque chose ? Non.

Il faut y aller donc, mais en sachant que ce sera un travail ingrat.

 

Certe à long terme presque plus personne ne doute de la nécessité de changer de modèle. Mais ce long terme s'efface trop facilement devant un plan social et le désepoir des salariés, premières et souvent seules victimes de la disparition de secteurs obsolète. L'actualités fournit de nombreux exemples : mineurs de charbon espagnols, ouvriers de l'automobile en France... Il est tentant de vouloir résister, subventionner encore, gagner quelques années, quelques centième de pourcentage de taux de chômage...

Et le contexte économique donne plus de poids aux équations simplistes "transition énergétique égale décroissance", "environnement égale perte de compétitivité", etc.

Il faudra beaucoup d'habilité, et surtout de mesure, pour convaincre dans cette situation.

 

Mais il y a plus important, et plus cruel pour les associations qui participeront à la conférence environnementale : pour faie avancer un pays, leur avis ne compte pas ou très peu. Si la semaine prochaine le gouvernement alignait ses positions sur celles de Greenpeace, rien ne bougerait. Pourquoi ? Parce que les entreprises ne prendraient pas le risque de suivre une politique dont elles savent qu'elle a de bonne chance d'être remise en cause au plus tard dans 5 ans.

C'est l'une des leçons les plus importantes de la "sortie du nucléaire" annoncée il y a 10 ans par le gouvernement Schröder : il est beaucoup plus important de parvenir à un consensus entre partis de gouvernement que de satisfaire les ONG.

 

 

Les associations de protection de l'environnement ont indéniablement un rôle à tenir dans la conférence environnementale. Mais ce rôle est à la mesure de l'influence qu'elles exercent sur la société française... limité. Plutôt que de menacer de casser le processus proposé par le gouvernement, elles ferait mieux de s'interroger sur les causes de leur marginalisation. Dans l'immédiat, le réalisme me semble la meilleure position qu'elles puissent adopter.

Publié dans Edito

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Commenter cet article

love bill 06/10/2012 12:57

Bonjour et bienvenue dans la communauté over-blog "Ecologie et Environnement".
Merci d'ajouter votre blog qui est une contribution très intéressante !

Justine 10/09/2012 14:12

Y participer et claquer la porte après avoir dénoncé les turpitudes de ce gouvernement, tantôt pour plaire à un électorat mal informé des réalités énergétiques, tantôt pour s'incliner devant les
industries nucléaire et pétrolière.

Une chose à mettre en évidence :
http://energeia.voila.net/electri/electricite_co2.htm

Ce n'est pas le nucléaire qui aura de l'influence sur les émissions de gaz à effet de serre.